Le secteur de la presse et plus généralement des médias fonctionne selon deux modèles traditionnels, la vente de contenu et la vente d’audience. Dans le premier modèle, l’industriel vend la mise à disposition d’un contenu. C’est le modèle de l’industrie musicale avec un producteur qui se rémunère par la vente des CD qu’il produit. Dans le second modèle, l’industriel fournit gratuitement un produit au consommateur et se rémunère par la vente d’espace publicitaire à un tiers. C’est le modèle de la radio avec un diffuseur qui agrège des contenus et vend des minutes de publicité pour se rémunérer. Les deux modèles ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. À quelques rares exceptions, la presse quotidienne payante est financée à la fois par le prix de vente au numéro et par la vente d’espaces publicitaires dans ses pages. On pourrait même ajouter un troisième modèle : celui dans lequel la mise à disposition du contenu est financée par l’État. C’est le cas par exemple des médias publics même si là encore le modèle n’est pas parfaitement pur puisque la plupart des chaînes publiques de radio ou de télévision se financent au moins partiellement par la publicité. Mais certaines entreprises privées profitent également de ce modèle, notamment la presse quotidienne qui bénéficie de mécanismes d’aide à la presse. Les deux premiers modèles sont remis en cause par le développement des technologies de l’information et de la communication. La vente de contenu est touchée plus directement pour deux raisons. La première est que les technologies de l’information réduisent considérablement les coûts de production et de distribution. Les ventes d’encyclopédies papier ont aujourd’hui cédé le pas aux encyclopédies sur cédérom dix fois moins chè- res. Suivant en cela la théorie économique bien connue, lorsque le coût marginal de production tend vers zéro, il en va naturellement de même pour le prix. La seconde raison est que la facilité avec laquelle un contenu peut désormais être dupliqué, quasiment sans coût, dévalorise les contenus aux yeux du consommateur. Pourquoi payer un CD quand il est possible, même illégalement, de le télécharger sur Internet gratuitement et sans dégradation dirimante de la qualité ? D’autant plus que cette même facilité technique a levé l’obstacle psychologique : les internautes téléchargeant pour leurs besoins personnels n’ont pas le sentiment de le faire illégalement. Cette dévalorisation monétaire du contenu a poussé certains médias traditionnels à investir le modèle de la vente d’audience comme en témoigne le développement de la presse gratuite. Le modèle de la vente d’audience est pourtant devenu lui-même très concurrentiel car les nouvelles technologies ont fait émerger de nouveaux acteurs. On pense bien sûr à Google, moteur de recherche, devenu l’un des premiers vendeurs d’audience. Une variante de la vente d’audience consiste à développer des modèles de « gate keeper » c’est-à-dire d’interface entre des consommateurs et des contenus en jouant d’une relation privilégiée avec les consommateurs : c’est par exemple le cas d’opérateurs de téléphonie qui exploitent l’accès privilégié à leurs clients en vendant cette audience à des publicitaires, voire à des fournisseurs de contenu. Mais les technologies de l’information fragilisent sinon l’essence du moins la version traditionnelle de la vente d’audience. L’internet et plus généralement la diminution des coûts de production et de diffusion des médias favorisent l’apparition de nouveaux médias. Cette multiplication de nouveaux médias, souvent spécialisés sur une niche, contribue à fragmenter l’audience. Il devient plus difficile pour de grands médias généralistes de rassembler une très large audience et donc de faire payer aux tiers des espaces publicitaires qui ne toucheront qu’un public plus clairsemé. Par ailleurs, certaines techniques permettent d’échapper à la publicité comme la technologie TIVO qui permet d’enregistrer un film diffusé à la télévision sans la publicité qui l’accompagne. Face à cette mutation des modes de production et de consommation des médias, on observe une exploration quasi frénétique de nouveaux modèles économiques. La presse, autrefois exclusivement payante, se lance dans le gratuit. À l’inverse, les radios traditionnellement gratuites se lancent dans le payant.