Face à la tentation de la radicalisation, notamment dans un contexte de crise sociale et de difficultés d'intégration, l’enjeu est d'inclure à nouveau les musulmans dans le récit national, en tant que musulmans, mais aussi et surtout en tant que Français. Le pire serait que l’on réponde à la pulsion de révolte d’une partie des jeunes, fondée sur l’idée qu’il y a « eux » – les « impurs » - et « nous » – les musulmans fiers de l’être, mais victimes de l’islamophobie ambiante – par un discours politique fondé lui aussi sur cette dichotomie. À cette différence que le « eux » serait « les jeunes musulmans dangereux » et le « nous » les « bons » Français menacés. Dans le contexte sécuritaire actuel, cette tentation sera difficile à éviter. Mais, il faut savoir résister aux provocations et à la haine. Surtout quand elles proviennent d’une partsignificative de la jeunesse française. La France peut faire la guerre à Daech, elle ne peut pas entrer en guerre avec une partie de sa jeunesse. Pour éviter de tomber dans le piège tendu par les extrémistes, le discours politique doit s’appuyer sur les exemples de réussite des Français de culture et de confession musulmane et sur la majorité silencieuse, insérée avec succès dans la société française. Il convient d’envoyer deux types de messages : l’un au grand public, à qui il faut rappeler encore et toujours que l’on peut être Français et musulman sans que cela ne pose le moindre problème, l’autre aux jeunes tentés par le fondamentalisme religieux, en réaffirmant qu’il n’y a pas de plafond de verre infranchissable. La deuxième piste de solutions concerne l’islam qu’il faut construire et qui sera français en tant qu’il sera porteur d’une représentation du monde soluble avec les valeurs nationales, qu’il luttera contre l’hégémonie idéologique des porteurs de l’islam politique, qu’il produira et qu’il diffusera de la connaissance religieuse, qu’il sera financé par de l’argent français et qu’il s’appuiera, enfin, pour réaliser ce plan d’action sur des femmes et des hommes nouveaux, issus de la majorité silencieuse des musulmans de France.